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Alacantorad-Arpa. à Réécouter: BIOETHIQUE & Stratégies contre la COVID-19: bénéfices/risques entre interrogations et espérances

Samedi 18 Avril 2020

. Dans un premier temps nous nous demanderons en quoi la pandémie de Covid-19 ainsi que les stratégies développées pourraient modifier notre psychologie, certaines de nos idées et notre façon de nous situer par rapport à la nature. Puis, par une approche de Bioéthique, nous allons tenter de mieux cerner les bénéfices et/ou les risques que les nombreuses méthodologies développées pour s'opposer à la pandémie peuvent ou pourraient induire. Concernant les modalités de circulation des personnes, trois stratégies sont utilisées dans les pays impactés: l'immunité collective, la suppression, l'atténuation. A cela s'ajoutent les stratégies d'hygiène individuelle et collective. et celles relatives à la recherche biomédicale: médicaments "spécifiques", tests de dépistage PCR et sérologiques , vaccin, protéines fixant mieux l'oxygène que l'hémoglobine...Pour toutes ces stratégies peuvent apparaître des bénéfices et/ou des risques.
Des conséquences sociétales, éducatives, économiques et politiques, entre autres, pourraient apparaître. Deux voire trois chroniques seront consacrées aux aspects cités ci-dessus.


STRATEGIE: non, ce n'est pas un équipement de cosmonaute, c'est un masque de plongée sous marine utilisée pour se protéger du coronavirus! Ce masque a été adapté et a beaucoup de succès en se substituant utilement aux masques classiquement utilisés. Photo A2.
STRATEGIE: non, ce n'est pas un équipement de cosmonaute, c'est un masque de plongée sous marine utilisée pour se protéger du coronavirus! Ce masque a été adapté et a beaucoup de succès en se substituant utilement aux masques classiquement utilisés. Photo A2.

En terme de bénéfices/risques et de bioéthique plusieurs aspects liés à notre vécu face à cette pandémie méritent , de manière non limitative, d'être évoqués.
1) Sur notre relation à la nature:  ce confinement ne va t-il pas  nous amener à réfléchir sur le pourquoi tant d'hommes, et nous-même souvent, nous permettons d'"agir et nous rendre comme  maîtres et possesseurs de la Nature" (Descartes, 1637)? En effet, allons nous  reprendre ou garder conscience que nous faisons partie de cette nature?  Car, que nous le voulions ou non,  nous sommes en interaction permanente avec elle. L'apparition de ce coronavirus mutant nous le rappelle à nos dépends d'autant plus que nous avons affaire à une entité invisible à l'oeil nu: difficile d'avoir à s'opposer ou éviter quelque chose qu'on ne voit pas! Il paraît important que prenions conscience de notre fragilité, de notre vulnérabilité et qu'il ne faut plus chercher à dominer la nature dont nous faisons partie mais s'intégrer à elle en y adaptant le fonctionnement de notre société humaine. Rappelons-nous que nous sommes des animaux dotés certes d'un cortex cérébral particulier. Celui-ci nous permet  une certaine conscience d'exister, une capacité à s'adapter sans cesse à des circonstances et des problématiques nouvelles.  Il permet également  d'être inventif et curieux ...mais pour le reste, nous demeurons des animaux humains, des primates...avec toujours en nous la présence d'un cerveau "reptilien"( siège de fonctions basiques permettant la survie). Malheureusement, ce cerveau reptilien influence parfois notre cortex cérébral. Ainsi, le passé comme le présent nous le démontrent souvent, pas seulement dans les faits divers mais dans presque (?!)  toutes les tranches et activités de nos sociétés...
    " Si la fièvre  consumériste, l'obsession d'une croissance carbonée et l'avidité individualiste ne nous font pas perdre la mémoire, l'après coronavirus devrait être très différent de l'avant. Rien ne devrait plus être comme avant." (M. Urvoy: " , OF, 26/03/20)...Espérons qu'alors, existera une meilleure relation de l'homme avec la nature, une meilleure  gestion de la société sur les plans économiques, éducatifs, sociaux,...) et aussi une solidarité, une fraternité qui effaceront un individualisme qui jusqu'ici gangrenait notre société occidentale . Nous y reviendrons ultérieurement.
 2) Sur le confinement, le port du masque , les tests et le tracking
 Mis  à  part les précautions de base ( les gestes barrière) et la volonté d'accentuer les recherches biologiques , il n'y a pas de consensus  concernant les modalités de confinement, d'utilisation des masques , des tests PCR (amplification du génome du virus pour pouvoir le détecter),  et des tests sérologiques. (détection d'anticorps IGM et IGG spécifiques du virus).
   Nous allons donc chercher à cerner les bénéfices et les risques associés à ces modalités .
     En France a choisi la stratégie de l'atténuation avec peu de masques, des tests PCR non systématiques et une absence de tracking...

La stratégie de l'atténuation correspond à un confinement partiel dans la mesure où il est encore possible de sortir de chez soi mais que pour des motifs majeurs ainsi que pour une durée et une distance limitées. Par ailleurs, le fait de ne pas imposer le port du masque (pénurie!), le fait de ne pas tester tout le monde et en conséquence ne pas isoler les cas « suspectés » d'être infectés et le fait de ne pas faire un traçage (tracking) ont été justifié parce que l'on considérait comme suffisant les précautions de base et que le virus ne se propage pas à plus d'un mètre via les grosses gouttelettes aéroportées. Un confinement partiel a été considérée comme suffisante afin d'éviter une densité humaine trop importante.. Ceci aurait rendue impossible une distance minimale de 1 mètre entre les personnes.

Mais s'Il est connu que le coronavirus est transporté sur 1m50 par de volumineuses gouttelettes lorsque l'on tousse ou éternue, il semble que ce virus peut être transporté par des particules de petite taille (aérosol) qui peuvent être véhiculées dans l'air sur quelques mètres (étude parue dans le New England of Medicine, mars 2020).

En conséquence, si cela était confirmé, il faudrait déjà imposer le port du masque et décider un confinement plus strict !

C'est ce qui est caractéristique de la stratégie dite de la suppression appliquée strictement en Corée du Sud et en Chine mais aussi en Israël (moins strict).

A noter qu'en Corée du sud, dès le début les premiers cas d'infection ,au masque a été ajouté le traçage systématique par les smartphones (ce qui ne pose pas de problèmes éthiques en Corée, mais en France, pourrait on garantir le secret des données personnelles?). Toutes les personnes étant soumises au test PCR ,dès qu'elles circulaient, étaient repérables et dès que des symptômes étaient observés, elles étaient placées en isolement pendant 14 jours pour éviter toute contamination. Grâce a cette stratégie, il n'y eut que très peu de cas graves et de décès en Corée du Sud..

Alors que les stratégies d'immunité collective tentée aux USA, en GB et en Suède se sont montrées inapplicables puisque le nombre de cas a explosé aux USA et en GB, alors qu'il commence à augmenter en Suède. Ainsi, ces pays ont décidé la stratégie d'atténuation.

Il est manifeste que n'ayant pas ou pu réagir assez vite, nous n'avons d'autre choix maintenant que de maintenir le confinement, d'encourager le port du masque, de tester à plus grande échelle.

Concernant l'aspect stratégique il semble que nous (comme d'autres pays) n'étions pas prêts à affronter cette pandémie (stock trop faible de masques et réactifs pour les tests PCR). Les causes seront à évaluer et des mesures devraient être prises.

Il a été dommageable que dès le début de cette pandémie, sont apparues certaines hésitations dans les décisions prises( contradictions entre décision de confinement et organisation du premier tour des élections municipales ou maintien de certains marchés, etc.)

  1. Sur les modalités d'un déconfinement annoncé

    Ce déconfinement va être compliqué et l'idéal serait de tester tout le monde au moment du déconfinement et si le virus et/ou des anticorps sont détectés, il faudra isoler les personnes porteuses du virus . Cela pose le problème de la réalisation, ainsi, il faudra de toute façon faire un déconfinement étalé dans le temps (deux ou trois mois voire plus) mais aussi dans l'espace (selon les régions) mais aussi selon l'âge et la fragilité de certains de nos concitoyens (maladies graves chroniques, seniors). Remarquons que ces modalités de déconfinement ne manqueront pas de poser des problèmes de bioéthique. Au moment où nous écrivons ces lignes nous venons d'apprendre que e président de la république propose un déconfinement progressif à partir du 11 mai. Il faudrait qu'il soit vraiment très progressif avec obligation de porter un masque, des tests PCR ou sérologiques pour tous les cas suspects, un traçage obligatoire des cas positifs et un isolement des personnes présentant des symptômes.Un déconfinement non réussi pourrait conduire à l'apparition d'une deuxième vague de pandémie.

  2. Sur la recherche  
    Là aussi, il est important de bien évaluer les bénéfices et les risques concernant le traitement thérapeutique en attendant l'obtention d'un vaccin spécifique. 
    De nombreuses molécules sont candidates au traitement de la covid-19. Citons rapidement : tocilizumab (agit sur récepteurs à interleukines 1 et 6) serait très utile pendant la phase inflammatoire, de même, le lopinavir (antiviral), un inhibiteur de l'interféron g, le dilthiazem (anticalcique!), un antagoniste du TNF alpha, et ...l'hydroxychloroquine ...dont on parle beaucoup. Beaucoup d'études sont en cous (étude Discovery à Lyon,...) . De ces études seront évalués les bénéfices et les risques thérapeutiques de ces médicaments. Très important également de continuer à développer des tests PCR rapides ainsi que des tests sérologiques (détections d'anticorps IGM et IGG) afin qu'ils soient disponibles en grande quantité quand le déconfinement commencera. Quant à l'élaboration d'un vaccin, cela va demander...des mois. On devine que les aspects bioéthiques sont essentiels concernant les protocoles de ces recherches et les modalités de leur utilisation. Nous y reviendrons.
    Pour conclure,, il est important de constater que des réflexions d'ordre bioéthique se développent un peu partout, déclenchées par cette pandémie . Ainsi, dans une déclaration,  le Comité international de bioéthique de l’UNESCO (CIB) et la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies de l’UNESCO (COMEST).indiquent  :«  Dans de telles crises, le rôle des comités de bioéthique et d’éthique, aux niveaux national, régional et international, est de soutenir un dialogue constructif, basé sur la conviction que les décisions politiques doivent être fondées scientifiquement et inspirées et guidées par l’éthique. » (27 mars 2020)... Alors , il nous est permis d'espérer! (B. Saïag, Biologiste) 

NOTRE RESPONSABILITE DE CITOYEN EST D'AGIR EN RESPECTANT LES PRECAUTIONS pour autrui et nous même.
   Ainsi nous protégerons notre société humaine. Prenons soin les uns des autres, gardons plus que jamais le lien avec autrui.
 Ecoutez notre podcast ci-dessous et n'hésitez pas à vous exprimer sur le sujet .
              Bien à vous toutes et tous....                                  Bernard,   André &  Gilles
0411_a_la_cantorad.mp3 0411-A la cantorad.mp3  (73.35 Mo)


Bernard SAIAG