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La co-maire de Diyarbakir écrit de la prison d'Elazığ : "J'ai été jugée avec la vitesse de la lumière, condamnée et incarcérée".

Vendredi 19 Novembre 2021


Une correspondance est maintenant établie avec la prison de haute sécurité d'Elazığ dans laquelle se trouve enfermée pour de longues années, Hülya Alökmen Uyanık, élue co-maire de Diyarbakir, avec Selçuk Mızraklı, le 31 mars 2019, et destituée le 19 aout 2019. Mise en détention le 30 octobre 2020, elle a été condamnée, en juin dernier, à une peine de 10 ans et 6 mois de prison. Selçuk Mızraklı, médecin ORL réputé, est traité de la même manière et a été condamné à une peine de prison de 9 ans, 4 mois et 15 jours. Leurs prédécesseurs, les co-maires Gültan Kışanak et Firat Anli, élus en 2014 et destitués en 2016, connaissent le même sort. Si Firat Anli a été libéré et forcé à l'exil, Gültan Kışanak, qui a été reçue par la Ville de Rennes en novembre 2015, est en détention depuis le 25 octobre 2016. (après avoir été condamnée à une peine de prison de 14 ans et 3 mois, condamnation annulée par une Cour d'appel, elle est poursuivie dans le cadre du procès dit de "Kobané" et une peine de réclusion criminelle à perpétuité est requise contre elle)


Hülya Alökmen Uyanık, a été de tous les combats pour la reconnaissance des droits du peuple kurde”. Sa lettre, écrite en prison raconte, avec pudeur et retenue, son histoire militante et lève un coin du voile sur la vie des détenues à la prison de type E d'Elazığ.

La co-maire de Diyarbakir écrit de la prison d'Elazığ :
"J'ai été jugée avec la vitesse de la lumière, condamnée et incarcérée".
Elazığ le 31/10/2021
"Depuis juin 2021, je suis détenue à la prison d'Elazığ, c'est à dire que je suis avec la camarade Leyla (n.d.l.r. Leyla Güven). Déjà plus d'un an de détention mais depuis le premier jour vos cartes pleines de couleurs et d'espoir nous donnent le moral. Je pense qu'il serait pas mal que je me présente un peu. Je suis infirmière, j'ai travaillé quelques 22 ans dans le service publique et une nuit de 2016 j'ai appris que dans le cadre des lois d'exception mon nom avait été publié au journal officiel et que j'avais perdu mon travail. L'affaire est suivie par une commission qui a été créée par la suite mais ça fait déjà 5 ans.
Lorsque je travaillais, j'étais syndicaliste. J'ai été responsable de l'antenne de Diyarbakir du syndicat SES, le syndicat des travailleurs de la santé et des services sociaux (n.d.l.r. le SES est affilié au KESK, le syndicat le plus combatif du service public en Turquie). Et parce que pendant cette période, j'ai participé à quelques panels du DTK (n.d.l.r. Congrès de la Société démocratique), en avril 2021 j'ai été condamnée à 11 années de prison avec exécution immédiate. Alors même que pour ce dossier, je n'avais été convoquée qu'à une seule audition. Pourquoi une telle peine et cette incarcération ?
C'est clair, je suis punie parce qu'après mon éviction, j'ai commencé à travailler au HDP. En 2019, j'ai été co-candidate à la mairie de la métropole de Diyarbakir. J'ai été élue mais comme j'avais été démis de mes fonctions à l'hôpital, on m'a interdit de prendre mon poste à la mairie. Je n'ai pas abandonné pour autant, j'ai été élue à la co direction du HDP à Diyarbakir. Poste que j'ai occupé pendant près de 17 mois jusqu'à mon interpellation en octobre 2020. J'ai été libérée mais dans le cadre du dossier que j'ai évoqué plus haut, j'ai été jugée avec la vitesse de la lumière, condamnée et incarcérée. Puis j'ai été transférée de Diyarbakir à Elazığ. Ma famille, mes deux fils de 13-15 ans sont à Diyarbakir (n.d.l.r. à plus de 150 km), et ils essaient désespérément de comprendre ce qui se passe. Actuellement, j'attends la décision d'appel.

Autre chose, ici tout le monde souhaite vous écrire mais malheureusement on ne peut pas mettre plus d'une lettre par enveloppe et les courriers internationaux sont devenus vraiment chers. C'est pourquoi, les camarades vont vous écrire une phrase chacun pour vous transmettre leurs salutations
Je précise que nous avons rédigé le courrier un peu précipitamment parce que dans le cadre d'une procédure ouverte à cause de nos chants et danses, nous avons été condamnées à un mois d'interdiction de correspondance. Pendant un mois ni courrier ni téléphone. Comme la décision n'a pas encore été notifiée, j'espère que cette lettre pourra passer.

Encore aujourd'hui, nous n'avons qu'un accès limité aux livres : pas plus de 7. Les magazines et publications sont toujours interdits. Nous sommes abonnées à certains journaux mais si ces journaux ont déjà été sanctionnés par l'organisme d'État appelé "la commission des publications", nous ne pouvons pas les recevoir. C'est une façon dérobée de nous imposer leur censure. Et, malheureusement la procédure devant le tribunal constitutionnel a échoué.

Il y a ici beaucoup de jeunes camarades dont les peines ont été récemment confirmées. Et, comme elles ont protesté contre les décisions prises dans le cadre de l'état d'urgence, elles sont placées à l'isolement. A cause de ça, leur libération sous condition a été annulée. Par exemple, alors qu'elles pourraient être libérables au bout de trois ans, elles devront rester sept ans. Elles ont saisi le tribunal constitutionnel et attendent. C'est une partie des difficultés que nous vivons ici. Merci encore pour votre intérêt et votre solidarité.
Avec affection et respect.
Hülya Alökmen Uyanık, "

Ecrire à :

Hülya Alökmen Uyanık
Elazığ Kadın Kapalı Cezaevi D-10
Koğuşu Elazığ
Turquie

André Métayer




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