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Bretagne : la méthanisation à la carte

Jeudi 1 Janvier 2015

La méthanisation est actuellement une énergie en plein développement en Bretagne. Mais à l'avenir, elle ne devrait rester qu'une force d'appoint. Reportage sur une énergie renouvelable taillée sur mesure pour cette région d'élevage.


Un complexe impressionnant

L'unité de méthanisation de Jean-Paul Le Crom
L'unité de méthanisation de Jean-Paul Le Crom
C'est une unité d'élevage porcin, comme il en existe probablement des centaines en Bretagne. Cachée par des arbustes, elle est installée près de Rohan, dans le Morbihan. Une langue de bitume, à peine assez large pour deux voitures, permet d'y accéder depuis le centre-bourg. Tout autour, des champs à perte de vue. Si l'on n'y fait pas attention, on pourrait presque ne pas la remarquer.
Seulement voilà, il y a le bruit. Une espèce de vrombissement. Pas énorme bien sûr. Mais si on prend la peine de s'arrêter, on l'entend forcément, une fois le moteur de la voiture coupé. Alors on dépasse l'exploitation et on les voit. Quatre grands bâtiments. D'abord, une imposante cuve verte surplombée d'une bâche légèrement bombée. A ses côtés, deux cuves grises plus petites. Et derrière, un immense hangar d'où sort le vrombissement. Voilà, sous les yeux du passant, le spectacle d'une unité de méthanisation en fonctionnement, une source d'énergie renouvelable en plein coeur de l'arrière-pays morbihannais. En tout, un hectare et demi.

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23 % de la production des énergies renouvelables

Jean-Paul Le Crom
Jean-Paul Le Crom
C'est là qu'est installée la SARL Biowatt. La SARL Biowatt ou l'une des toutes premières unités de méthanisation à avoir vu le jour en Bretagne. Elle est le résultat de l'esprit d'entreprise de Jean-Paul Le Crom. C'est lui qui tient l'élevage porcin attenant. C'est à la fin des années 2000 qu'il a fait ce pari de la méthanisation. Pari réussi puisqu'aujourd'hui, il produit de la chaleur qu'il destine à son élevage. Et de l'électricité qu'il revend à EDF. La matière première, il la tire du lisier de son exploitation, dont s'échappe le méthane qu'il transforme en énergie.
Aujourd'hui, Jean-Paul Le Crom n'est plus un cas isolé. Des unités comme la sienne fleurissent un peu partout en Bretagne, une région pionnière dans le domaine. En 2012, déjà, selon Bretagne Environnement, elles étaient 19. Elles produisaient à cette époque environ 23 % des énergies renouvelables de la région, toujours selon Bretagne Environnement. Et leur nombre ne devrait faire qu'augmenter avec les années. Car elles font partie d'un plan, orchestré par le conseil régional depuis la fin des années 2000. En l'occurrence, le pacte électrique breton. Qui inclut lui-même des mesures liées aux énergies renouvelables. L'objectif est de produire 3600 mégawatts grâce à ces dernières. Soit quatre fois plus qu'aujourd'hui.

Objectif : 25 à 30 méthanisateurs par an

Dans ce plan, on a donc intégré l'énergie tirée de la biomasse. Dont la méthanisation. Au départ, 33 millions avaient été prévus pour ce secteur. Avec un objectif d'installation de 25 à 30 méthanisateurs par an, à grands renfort d'aides régionales et d'une fiscalité plus avantageuse. Mais au final, la facture sera certainement plus élevée, une installation coûtant à elle seule un million d'euros. La facture pourrait plutôt friser les 100 millions d'euros. Selon la région, la machine est enclenchée, même si elle a constaté un fléchissement dans la deuxième partie de l'année 2014.
A l'horizon 2020, l'objectif est de produire 100 mégawatts à partir des méthanisateurs. Et qu'ils ne chauffent pas seulement leurs propres installations, mais des collectifs. Reste que 100 mégawatts ne semblent pas grand-chose au regard des 3600 prévus pour les énergies renouvelables. Et la question se pose de savoir si 100 millions d'euros, ce n'est pas trop pour une si faible production. Pas selon Michel Morin, vice-président de la région en charge de l'agriculture et de l'agroalimentaire. A ses yeux, on ne peut pas se permettre de négliger la moindre chance de valoriser la moindre source d'énergie, même si en effet, d'autres sources sont plus productives comme le maritime. Sans compter que le digestat, en l'occurrence, la matière produite par la méthanisation en bout de chaîne, peut servir de fertilisant. Une manière d'exploiter habilement le moindre biodéchet.

Pas que l'agriculture

La méthanisation, même comme énergie d'appoint, a donc de l'avenir en Bretagne. D'autant qu'elle n'a pas que l'agriculture comme source de production. Aujourd'hui, des usines arrivent à produire du méthane issu des ordures ménagères. En 2012, il existait trois unités de ce type en Bretagne. Même chose avec les stations d'épuration. Là, ce sont les boues qui en sont issues qui permettent d'obtenir du méthane. Quimper et Rennes accueillent ce type de sites.
Tout ceci ne va pas sans provoquer quelques protestations. La région ne veut pas jouer beaucoup plus à fond la carte de la méthanisation car elle ne souhaite pas voir fleurir des champs destinés à la production énergétique. Ce qui correspond au souhait d'associations environnementales telles qu'Ille-et-Vilaine Nature Environnement. Car, pour obtenir de l'énergie, il faut mélanger du carbone issu des plantes au lisier. Par ailleurs, la problématique de la circulation de camions chargés de biodéchets se pose aussi. Et les riverains s'inquiètent parfois de l'impact écologique de telles unités de productions, comme le collectif de la Torche à Quimper. Tout ceci semble indiquer que la méthanisation ne restera jamais qu'une énergie d'appoint.

Laurent Montovert




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